Cédric Duchemann, pianiste de jazz Réunionnais : La virtuosité en toute discrétion

De passage à Saint-Paul, Cédric Duchemann accompagnait Mokhtar Samba le 5 août dernier sur la scène de Gran Kour à l’occasion  du 10 ème Opus Focus Percussions. Pianiste Réunionnais de jazz émérite, Cédric pratique une musique métissée. Rencontre avec un virtuose qui n’hésite pas à mixer les styles avec un bonheur rare.

Cédric Duchemann est né dans la musique, issu d’une grande famille de musiciens, il fait ses débuts à 8 ans. Il enregistre son premier disque avec son père et ses oncles à 15 ans. Il joue sur scène avec de nombreux artistes locaux. Mais c’est le concert de Sixun auquel il assiste à Saint-Gilles pour ses 13 ans qui révèle sa passion pour le jazz et les musiques improvisées.

Installé à Paris en 2000, il commence sa formation de jazz à la « Bill Evans Piano Academy » en alternance avec un job de vendeur en instrument de musique. Ces deux activités l’amènent à rencontrer un grand nombre de musiciens et de jouer avec diverses formations.

C’est lorsqu’il joue avec le groupe Touré Kunda qu’il est repéré par Paco Séry, batteur du groupe Sixun.

« Quand j’ai intégré ce groupe, j’ai repensé au petit garçon que j’étais, émerveillé, qui avait quitté le théâtre de Saint-Gilles après le concert de Sixun avec une seule idée en tête, jouer cette musique. Un rêve devenu réalité ! » raconte Cédric avec émotion.

Près de 15 ans ont passé et les différents pays traversés et cultures rencontrées ont fait mûrir un premier album solo « Tropicalism ». Un album de compositions originales du pianiste coloré de manière sublime par ses invités  et amis dont il apprécié beaucoup le travail tels que : Nguyên Lê, Michel Alibo ou encore Louis Winsberg.

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Christophe Zoogones : Le jazz-maloya dans les notes

Baigné dans la musique dès son plus jeune âge,  Christophe Zoogonès est  un flûtiste de jazz et compositeur réunionnais. À la fois interprète et professeur respecté, il revendique son métissage et sa créolité à travers les musiques traditionnelles et sacrées. Rencontre avec un artiste qui a été inspiré par le gospel pour trouver les bonnes notes.

Tes premiers  pas dans la flûte?

Je n’ai vraiment pas choisi la flûte, c’est plutôt elle qui m’a choisi. Ma première flûte était un cadeau de ma grand-mère, j’avais 12 ans. Quelque part,  j’ai voulu lui faire honneur et faire honneur à ce cadeau qui est devenu mon leitmotiv plus tard. 

Quelle flûte as-tu choisi ? 

J’ai commencé avec la flûte à bec au collège des Alizés au Chaudron. Puis au fur et à mesure de mon apprentissage je suis passé à la traversière. Elle est comme un être humain, elle est composée d’une tête, d’un corps et d’une patte, de façon très imagée bien évidemment, elle est changeante, inspirante, vibrante. Je crois que c’est la seule chose que je garderai si jamais je perds tout.

Tes débuts dans la musique? Quel genre?

Je suis né dans une famille de musiciens, mes débuts étaient à l’église, je jouais tous les dimanches matin. Pourquoi la flûte traversière ? Plutôt pourquoi un instrument à vent ? Parce qu’on te reconnait à ton son.  J’écoutais beaucoup de gospel très jeune, en plus j’avais beaucoup d’amis flûtistes au conservatoire, ça m’a paru comme une évidence du coup. Mon chemin de vie est le jazz. Pourquoi cette musique?  Parce que c’est une manière de vivre, de penser, de s’exprimer, une forme de  liberté sans doute !

Je pense que toute cette philosophie correspondait à ma personnalité, à mon caractère comme le morceau d’un puzzle manquant.  

Ton métier ? 

J’enseigne le jazz auprès d’un public d’adultes et d’adolescents  depuis quelques années à l’Ecole intercommunale de Beauséjour à Sainte-Marie. J’aime beaucoup partager ce que j’ai appris, paradoxalement c’est là qu’on apprend le plus. Michel Petrucciani disait que les gens aiment le jazz mais ils ne savent pas ce que c’est. Moi, j’essaie juste de leur mettre sous les yeux ce qu’ils aiment déjà. 

La flûte est devenue mon métier et également ma passion ce qui m’amène à voir les choses autrement : faire des concerts, faire des albums, vibrer et partager collaborer avec des musiciens, c’est cela  ma vocation!

Ton meilleur souvenir d’artiste?

Je garde un bon souvenir (et pire en même temps) du théâtre plein air de Saint Gilles lors du festival Total Jazz en 2016,  une scène mythique et inoubliable. J’ai eu la chance de présenter mon premier album Kind of zoo. En arrivant sur scène, j’avais oublié le cordon pour mon sax électronique dans les loges.  Un moment de stress intense ! J’étais décomposé sur place: je suis sorti de scène discrètement pendant un solo du bassiste et j’ai couru vers les loges qui n’étaient pas très proches, juste le temps de revenir.  Je crois que le public  n’a vu que du feu, du moins je l’espère !

Combien d’albums as-tu à ton actif? 

J’ai 3 albums en tant que compositeur : 

Limé mwin (soul caribéenne) en collaboration avec la chanteuse Gaby Diop, une expérience et un projet enrichissant;

Kind of zoo (jazz, world) mon premier album jazz en tant que leader, une sorte de mise à nue, une synthèse de mes racines réunionnaises et du jazz, 

– et  ZOOLOGY (jazz fusion) mon deuxième album jazz, une volonté d’explorer et d’expérimenter le format quartet jazz, une synthèse de mes influences de mes débuts.

Un titre ou des titres qui te touche (nt)?

Beaucoup de titres de l’album ZOOLOGY font référence à ma vie à ce qui me touche. Mais celui qui me tient à cœur est Portrait of Marvyn : un hommage à mon fils. Les enfants c’est ce qu’il nous reste de plus important dans ce bas monde.

Unusual appearance fait référence à ceux qui sont différents physiquement dans une société du paraître. 

Précious name est une chanson inspirée d’un psaume écrit et chanté par ma cousine, une manière à moi de vouloir me recentrer sur l’essentiel.

 Pour le reste, je souhaite que chaque titre devienne un écho chez celui qui l’écoute.

Comment choisis-tu tes collaborateurs? Comment se passent tes compositions?

Mes collaborateurs sont des musiciens avec qui j’ai des affinités musicales (évidemment), humaines (super important) mais aussi culturelles (le must). Des musiciens de renommée nationale et internationale pour certains, j’ai de la chance de les avoir. Je suis accompagné de  Hadrien FERAUD à la basse, de Jerry LEONIDE au piano et de Yoann SCHMIDT à la batterie. 

Chacun a sa manière de composer, quand cela devient un besoin, une nécessité, un chemin de vie, avec le désir de partager la musique, on va forcément trouver le moyen de composer, d’organiser et exprimer ses idées. Je suis produit par Ilona records, une maison de disques de jazz française, une production comme j’ai rarement vu.


« Mon Maloya » le nouvel opus de Meddy Gerville

Pianiste talentueux reconnu de l’océan Indien, Meddy Gerville nous enchante de son génie musical depuis plusieurs années. Ambassadeur artistique de La Réunion aux quatre coins du monde, avec son piano, il reste fidèle à son île et à son patrimoine musical.  « Mon Maloya » son dernier album sonne et résonne comme une ode à l’amour qu’il porte à notre identité.

Mon Maloya ” le nouvel album de Meddy, sorti le 8 juillet dernier est l’essence même du genre « jazz maloya » dont l’artiste est le précurseur. C’est avec convivialité et intimité, qu’il lance son nouvel opus lors d’un showcase autour d’un public qui a fort bien accueilli l’album. Il faut dire qu’il était attendu depuis un moment. S’il n’y avait pas eu la crise sanitaire, son album serait sorti depuis le mois d’avril.

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Mon Maloya ” est un opus aux sonorités suaves et fortes, d’une expression subtile qui vient marquer à la fois les vingt ans de la carrière de l’artiste ainsi que l’anniversaire des dix ans de la reconnaissance par l’Unesco du Maloya comme patrimoine culturel de l’humanité.

Pour la réalisation de cet album, Meddy s’est entouré de musiciens de grand talent : Michel Alibo qu’on ne présente plus et qui sur cet album est à la contrebasse, Emmanuel Félicité à la batterie et Johan Saartave à la basse. Interviennent aussi : Éric Longsworth ( violoncelle) et Olivier Ker Ourio (vocal).

Après un direct sur Antenne Réunion, Meddy est passé au JT de Réunion 1ere. Il a fait quelques radios aussi.  Même la presse mauricienne en parle avec également RFI et sa rubrique Épopée des Musiques Noires. Une séance de dédicaces est prévue le 1er août prochain à La FNAC du Port.

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Meddy est impatient de faire de la scène  et de partager son Maloya  qui vous fera plonger au cœur de son savoureux « jazzoya ». Il  vous donne rendez-vous fin septembre au Théâtre Luc Donat. En trio pour débuter la soirée, de nouveaux musiciens rejoindront ensuite la scène pour partager les grands titres du répertoire séga de Meddy Gerville de «Rèss la minm » à « Mon abri » en passant par « Ti pa ti pa n’alé. Les concerts programmés à Paris et dans la zone océan Indien se feront dès que la situation sanitaire le permettra.